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Wish you were here [PV Eva]

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MessageSujet: Wish you were here [PV Eva] Sam 8 Nov 2008 - 16:51

Voilà. Ca fait deux mois aujourd’hui. Deux mois que j’ai tout lâché. Plus de came. Je commence petit à petit à tourner la page, mais ce n’est pas aussi facile qu’il y paraît. Le manque, c’est bien la pire chose que je puisse connaître maintenant. Il m’arrive parfois d’en trembler ou de criser, mais les médicaments et les psychologues m’aident à m’en sortir. Teenagers, c’est un peu comme une seconde chance. Nous aider à bien repartir, à prendre ce nouveau départ. Changer. Devenir responsable.
Ici, il y a énormément de gens qui sont dans mon cas. Anciens drogués dépressifs, ou drogués récidivistes, peu importe nous sommes tous pareil. Nous avons tous connu la même chose, la même défonce, et cette putain de dépendance. Certains ont connu le calvaire, l’enfer, et d’autres ne sont pas allés jusqu’au bout, ou sont justement allés trop loin. Et puis au milieu de tout ça, il y en a d’autres. Un peu à part, comme différents. Je pense surtout à Eva, ma partenaire de chambre. Elle aussi ça fait deux mois qu’elle est à l’institut. C’est une fille vraiment différente. Assez discrète, plutôt calme, agréable. Elle n’a absolument pas le profil d’une délinquante. Mais à vrai dire, c’est parce qu’elle n’en est pas une. Si Eva s’est retrouvée ici, c’est parce qu’elle se prostituais. Et puis, je crois qu’elle n’a jamais connu ses parents, alors c’est la justice qui a décidé de l’envoyer ici. Je sais pas trop. J’évite d’aborder le sujet, on ne sait jamais. Ca fait toujours mal de ressasser de vieux souvenirs qu’on essaie d’oublier.

D’ailleurs, je me demande où elle peut être là. Il est bientôt 23h.
Je repose tranquillement mon bouquin sur la table de chevet - de toute façon j’étais même plus entrain de lire - et j’enfile une veste grise par dessus mon débardeur blanc. Je jette un dernier regard à la chambre avant d’éteindre les lumières et de refermer la porte derrière moi.
La nuit est tombée sur Teenagers, mais même si il est presque minuit, ce n’est pas pour autant que les jeunes ici dorment déjà...

Je marche, j’emprunte des couloirs, des escaliers, je croise des gens. Parfois je m’arrête pour dire bonjour, parfois je lance un simple regard. Il y a beaucoup de monde à Teenagers, et ça fait flipper de savoir qu’il existe autant de jeunes dans mon cas. Tous, à s’avilir dans la drogue, l’alcool ou n’importe quelle autre merde insalubre.

Je ne sais pas vraiment où je vais. Où mon intuition m’emmène-t-elle ?
C’est lorsque j’arrive aux pieds de ce grand bâtiment qui s’érige devant moi que je comprend où je vais. L’observatoire. C’est vrai que Eva a souvent tendance à s’y rendre. Je ne sais pas trop ce qu’elle y fait là-haut. Réunion au sommet, elle réfléchit peut-être, pense à certaines choses auxquelles elle ne devrait peut-être pas penser. J’en sais trop rien. Elle qui n’aime pas se retrouver seule... Elle sait sûrement que je vais finir par la rejoindre, parce que je commence à la connaître et que je sais où elle aime aller.
Je grimpe énergiquement les escaliers en colimaçon, et alors que mes mollets commencent juste à s’épuiser, j’atteins enfin le sommet. Eva est bien là, accoudée à la rambarde. Ici, la vue est imprenable. Les couchers de soleil y sont magnifiques et la hauteur me donne des ailes. Le vent frais vient fouetter mes joues déjà rougies, c’est agréable. Ma chevelure bourgogne danse autour de mon visage et se laisse guider par ce vent indomptable.

Sans dire un mot, je m’accoude à la rambarde à côté d’Eva. Ne m’ayant pas entendu arriver, elle sursaute, légèrement affolée. Dans le genre nerveuse, c’est la pire. Je lui lance un petit sourire rassurant et elle repose ses coudes sur le balcon. Son visage s’est adoucit.
- Comment s’est passée ta journée ? ai-je demandé en sortant une cigarette et un briquet de la poche de mon jean délavé. Les psy ne sont pas censé savoir que je fume, mais pour être franche, tant que c’est pas du shit ou de la beuh, je pense qu’ils s’en foutent. J’allume ma clope, et tire une latte, deux lattes. Je regarde la fumée évanescente qui s’échappe de mes lèvres pour mourir aussitôt, emportée par les courants d'air. Puis mon regard se pose sur le visage d’Eva. Elle est belle, je trouve. Elle a cette bouille encore un peu juvénile qui lui donne un certain charme, et puis elle a des yeux magnifiques, un gris noyé par le bleu, comme si toutes les larmes pleurées qu'elle n'avait pas su endiguer avaient fini par se réfugier à l'intérieur de ses iris. Un beau tableau, tout ça.
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MessageSujet: Re: Wish you were here [PV Eva] Dim 9 Nov 2008 - 17:40

Dans White Chapel, ou dans Londres en général le brouillard est toujours épais. Et comme dans toute ville moderne, les étoiles sont mortes asphyxiées depuis longtemps. A vrai dire, quand elle faisait la belle de nuit sur les trottoirs elle ne s’en était jamais souciée. La chose vraiment agréable dans l’observatoire, cela devait être la hauteur, peut-être parce qu’elle avait toujours été comme une petite fille rampante ? Seulement levée par la force d'un type pitoyable de ses vieilles rues. Ceci dit, ça aussi elle ne s'en était pas tant souciée au départ. Inutile de se rendre malheureux.
Eva songeait donc en cette soirée, au pourquoi du comment elle venait si souvent trainer son parfum en haut de l’observatoire. Elle ne regardait même pas les étoiles, "Des trucs petits qui clignotent" disait-elle en riant nerveusement. Aujourd'hui il y'en avait plusieurs, et la lune se dessinait en croissant. Les lumières derrière les fenêtres complétaient le tableau.
Un soupir traversa ses lèvres, un frisson lui caressa l’échine, il faisait frais et son simple T-shirt délavé n’arrangeait pas grand-chose. Soudain, son cœur pris la décision de tenter le double salto arrière dans sa poitrine, précisément au moment où une voix venait de l’interpeller. D’abord surprise elle sursauta donc, et constata avec joie que celle qui venait d’intervenir n’était autre que Cassie Libermann. Ou : sa sympathique colocataire et première amie à Teenagers. Son regard suivit le mouvement du piercing sur sa langue, elle aimait le regarder quand elle parlait, on aurait presque dit une luciole ou un feu follet accompagnant ses phrases. Ou moins mignon, un-petit-truc-qui-clignote.

« Euh, elle s’est bien passée, merci. »

Dit-elle hésitante, ses lèvres se refermèrent, puis elle huma l’odeur de la cigarette que Cassie venait d’allumer, sa senteur se mélangeait à celle de son parfum, déposant un goût sucré et amer dans sa gorge. L’envie de fumer lui prit, et comme pour contrôler ses mains elle les fourra dans les poches de sa jupe.
« Hem et toi ça allait ? » Pas grand-chose à dire, songea-t-elle, c’était assez dur pour elle d’engager la conversation avec une adolescente d’un peu près son âge. De quoi pouvait-elle bien parler ? Quels mots utiliser ? Sa bouche se tordit dans un sourire nerveux, ce qui lui rappela le surnom qu’on lui attribuait parfois à l’établissement. Nerv ou Nerd, les deux étaient particuliers, mais rien que par le fait qu’ils commençaient par un "N", elle aimait bien.

« T’as pas trop froid ? » Cette question avait été posée avec légèreté, ne trouvant rien à dire elle avait vaguement cherché la chose la plus banale à dire dans leur situation. Bien que ce soit un succès, ce ne la réjouissait pas vraiment. Ses yeux avisaient la chevelure de son amie, selon elle ils étaient quasiment rouges, lui rappelant les crinières rousses des jeunes londoniennes de Wenworth Street. Elegantes, félines mais apitoyantes à minauder contre les lampadaires foutues à douze, treize ans. Ceci dit contrairement à elles, Cassie était tombée dans un tout autre puit, sans fond, au paroi lisse et sale presque impossible à remonter. Pour résumer disons qu'elle était une ancienne droguée.
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MessageSujet: Re: Wish you were here [PV Eva] Dim 9 Nov 2008 - 21:07

« Euh, elle s’est bien passée, merci »

Quand je vois Eva, j’ai toujours cette impression étrange qu’elle est paumée. Une fille perdue, si on veut. Pas forcément dans la lune ou à l’ouest, mais plutôt une fille qui n’a pas de but précis. Qui ne cherche pas ce qu’il pourrait y avoir ailleurs, à côté d’elle. Il y a tellement plus et mieux, juste un peu plus loin, mais non. Elle n’en veut pas. Je ne dis pas que c’est un défaut, mais la plupart des jeunes cherchent toujours à saisir le meilleur bonheur, quitte à voler ceux des autres. C’est un peu comme si elle se satisfait de sa situation, et c’est peut-être bien, finalement.

« Hem et toi ça allait ? » me dit-elle légèrement pataude, ponctuant sa question d’un sourire nerveux qui m’est particulièrement familier. Je dis ça parce qu’il n’est pas rare de voir Eva avec un regard, un sourire, une expression, ou des gestes nerveux. C’est pour ça d’ailleurs que certains résidants l’appellent Nerv, ou Nerd parfois. Personnellement, je trouve ça moche de donner des surnoms de ce genre. Mais je suppose que ça sert à rien d’aller ramener ma grande gueule au près des ces immatures, et leur faire comprendre que chacun à sa façon d’être et qu’il faut pas emmerder les gens d’être ainsi. Et puis, c’est pas mon genre de me faire remarquer en ramenant ma fraise.

- Bof. J’me suis fait chié, répondis-je d’un ton exagérément lasse et harassé. Mais au moins c’est mieux que dehors ! ajoutais-je avec un petit sourire en coin. Ici on a un lit tout chaud, de la bonne bouffe, une piscine, des terrains de sport, une bibliothèque et d’autres merveilles que - je dois avouer - je n’avais jamais vu. Les plus démunis qui se sont retrouvés ici ont dû être sacrement surpris.

« T’as pas trop froid ? » me demanda la brunette, brisant le silence qui commençait à s’installer entre nous. C’est vrai qu’en la regardant, elle, elle devait avoir froid avec ce simple tee-shirt pour lui couvrir le dos et les épaules. En ce qui me concerne, je n’ai plus froid depuis que je suis sortie vivante de cet hiver glacial du temps où je n’étais qu’une pauvre clocharde, junkie défoncée, bref peu importe c’est un peu la même chose. Mes dents claquaient tellement que j’ai eu l’impression qu’elles allaient finir par se décrocher de mes gencives, comme ça, l’unes après l’autres. J’ai vraiment cru mourir et depuis, je hais l’hiver. De toute façon, j’ai toujours détesté cette affreuse saison. Pourtant, ces petites brises ne me dérangent pas vraiment. Elles sont plutôt douces, comparées à ce froid hivernal qui souffle et court entre les rues, courroucé, à la recherche de chairs à faire frissonner, de corps à glacer.

- Non, ça va, répondis-je d’une voix douce et un peu lointaine, fermant les yeux un court instant pour justement, sentir le vent se heurter à mes joues roses. Et puis lentement, mes paupières se réveillent et mon visage pivote vers Eva. Tu veux ma veste ? proposais-je après avoir aspiré une lente et longue bouffée sur ma clope. Ce qui est bien avec Eva, c’est qu’on fait quasiment la même taille, et qu’on pèse toutes les deux 45 kilos. Bon, on a peut-être pas vraiment le même style vestimentaire, mais ça change rien, ça peut toujours dépanner de se prêter des fringues.

- Dis Eva... Tu comptes faire quoi qu’en tu sortiras d’ici ? lui demandais-je en replaçant ma tignasse, qui commençait sérieusement à m’agacer, à voler n’importe comment autour de ma tête.
C'est vrai. C'est une question que je me suis souvent posée depuis que je suis arrivée ici. C'est bien beau de nous aider à repartir à zéro, mais après avoir vécu plusieurs mois, voire quelques années coupé de la société, ça ne doit pas être forcément facile de se réintégrer, de ne pas rechuter pour certain.
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MessageSujet: Re: Wish you were here [PV Eva] Sam 15 Nov 2008 - 1:39

Ah elle s'était fait chier. C'est vrai que dans un sens l'internat n'avait rien de passionnant, à part les habitants bien évidemment. Tous étranges, comme sortis d'un document classant les casiers judiciaires les plus banals aux plus incongrus. Bien qu'elle n'ait pas encore pris le temps de faire connaissance de tous ses "camarades". Mais c'est mieux que dehors comme elle le soulignait. Là elle ne préférait pas se faire des avis dessus, elle n'avait pas été tout à fait malheureuse à l'extérieur, juste mal à l'aise. Parler avec sensualité, à des vieux, des vieilles, des jeunes, des quadragénaires, des SM, des frustrés, obéir et jouer le rôle de "la parfaite petite péripatéticienne pour les jeunes". Au fond si elle avait fait tout ça c'est juste parce qu'elle ne savait rien faire, et qu'on lui avait demandé, et qu'elle ne voulait pas mourir.
Ici c'était différent, on s'intéressait nullement à elle, ou alors pas de la même manière, car même sans vouloir le cacher, Eva ne donnait pas l'air d'une ancienne fille du trottoir à côté de vous. A toute saison, hiver comme été.
D'ailleurs il faisait froid, et Cassie elle ne grelottait pas d'après ses dires, elle lui en proposa même sa veste. Sa tête opina négativement, elle désirait s'en passer pour aujourd'hui.

Cassie lui posa une question qui lui demanda réflexion. L'idée de sortir d'ici ne l'avait même pas effleuré. A quoi cela servirait-il? Elle irait sans doute retrouver ses coins ombrées et ses lampadaires si on la renvoyait dans quelques années. Visiblement elle n'était pas née pour vivre à la surface du monde.
Un sourire aguicheur (la pauvre fille n'en connaissait pas beaucoup de sourires), creusa ses fossettes.

"Je sais pas, peut-être essayer de retourner en Angleterre déjà. Enfin ce sera peut-être impossible, je sais rien faire." Elle n'osa pas rajouter "sauf lire", car étrangement elle avait l'impression depuis quelques années que ça ne servait strictement à rien de pouvoir déchiffrer quelques lettres et réciter des centaines de phrases. Et à vrai dire, la pensée de faire un métier grâce aux "choses qu'on apprend à l'école" lui paraissait complètement insolite. Aucune illusion ne la berçait, une fois un pied mis dehors, son corps risquait de tout de suite tomber lourdement dans un nouveau précipice. Encore plus vaste peut-être. Ses lèvres se pincèrent, agacée d'avoir une vision aussi pessimiste de l'avenir.

"Hm...Tu as une idée toi?" Le vent soufflait de plus belle dans leurs chevelures, un soupir lui échappa. Quelle inspiration l'avait-elle déjà poussée à monter à l'observatoire?
L'interrogation fut laissée de côté, elle reprit après avoir attrapé ses cheveux voltigeant afin de ne pas avaler quelques mèches durant son temps de parole.

"Si ça se trouve après l'internat Teenagers, on aura le droit au centre de désintox ou aux séjours à l'ombre...Ou pire, on va se marier avec des salariés très sérieux, avoir trois enfants et un boulot au secrétariat, et on devra se coucher à des horaires normales."
Le ton pris pour servir ce blabla quelque peu ...débile, avait été étrangement angoissé. Difficile de savoir si elle le faisait exprès ou se rendait sérieusement nerveuse au sujet de devenir une "métro-boulot-dodo".

[beuah désolée du retard, exams x_x]
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MessageSujet: Re: Wish you were here [PV Eva] Sam 22 Nov 2008 - 13:31

C’est vrai, Eva venait d’Angleterre, j’avais oublié de le dire. Mais elle venait surtout de ces ruelles sombres et peu accueillantes, aux trottoirs glissants et aux lampadaires presque fichus. Eva ne venait pas d’un joli monde, et elle n’avait pas non plus grandi dans un monde chaleureux. Son univers à elle, c’était les trottoirs, les sièges arrières de ces voitures inconnues, et les lèvres nonchalantes de ces pauvres vieux qui la goûtait, tous les mêmes, se fichant de savoir qui elle était, d’où elle venait. Seul son prénom leur suffisait, même s’ils n’osaient jamais le prononcer pendant qu’ils effleuraient sa peau douce et suave, craignant que ce soit déplacé. Elle n’avait pas eu de chance. Et pourtant, elle voulait y retourner. Après tout, même s’il est lugubre, c’est son monde. Mais comme je vous l’aie dit, elle ne cherche pas le bonheur ailleurs. Peut-être qu’elle est d’ailleurs persuadée que le bonheur n’existe pas... Peut-être que finalement, ces trottoirs qu’elle connaît par cœur, ces sourires hypocrites et ces gens qui font semblant de la protéger sont sa seule machine à jouir. Sa seule aventure.

Je ne savais pas non plus, mais lorsqu’Eva me posa la question, j’eus le sentiment que je ne serai pas si loin de Santa Barbara. J’eus l’impression que jamais mon monde à moi ne m’aurait quitté, comme si il m’avait pourchassé dès que j’étais sortie de cet établissement, ne me laissant pas le choix de succomber à cet incroyable venin. Je vis - ou imagina, je n’sais pas - alors un tas de gens aux visages peu familiers, un tas de gens très défoncés. Au milieu il y a moi. J’ai l’air très fatiguée. Je n’ai plus envie de m’insurger contre cette misère dans laquelle je me noie, et ce putain de monde pourrait bien mourir je m’en foutrais, puisque je sais que je crèverais avec. Je plane et la sensation de défonce me revient tout à coup en mémoire.

J’avais oublié ce que ça faisait. Mais me voir renoncer à la vie m’effraie. Ce n’était peut-être qu’une pensée, qu’une image, peut-être même qu’un simple rêve, mais je me sentais peu rassurée. Tout cela me rappela qu’autrefois, ma déchéance était toujours retenue, rattrapée. Il suffisait que je sente ses mains accrochées dans mes cheveux pour ne jamais renoncer à la vie. Il suffisait que son sourire d’ange me parle pour ne jamais aller trop loin. Mais ces mains là ne sont plus là pour moi, et ce sourire non plus. Alors je dois faire sans.

Je lève les yeux vers Eva.
- J’en sais trop rien... commençais-je, plutôt troublée par les pensées qui m’envahissaient. J’aimerais juste pouvoir devenir quelqu’un, et laisser un peu de moi dans la tête des gens. J’aimerais aussi les aider, ces gens là. Ceux qui ont vécu la même chose que moi. Mais surtout, surtout... je ne veux pas redevenir comme avant.

Mon cœur avait parlé, et c’était finalement ce que je voulais, au plus profond de moi. Je voudrais qu’on me parle de drogues sans que ça me donne envie de m’allumer un splif. Je voudrais regarder ces gens arrachés et trouver que ce monde est loin derrière moi, beaucoup trop loin pour qu’il ne puisse m’atteindre. Et je voudrais aussi oublier cette putain de sensation qui me fait planer, qui me rappelle qu’il y a une façon d’oublier que le monde est en perdition, qu’on peut s’oublier et se sentir léger.

Eva se mit alors à s’imaginer ce qui pourrait éventuellement se passer après Teenagers. Elle mentionna le centre de désintoxication - ce que je redoutais le plus - et parla d’une vie parfaite, cadrée, que rêvent la plupart des filles banales. Être mariée, avoir un beau mari qui gagne bien sa vie, et avoir trois enfants. Deux filles et un garçon si possible. Je ne veux pas d’une vie comme ça. La routine me tue, et je dois sans cesse être en mouvement. Je suis une fille fluente, si on peut dire ça.
- J’espère pas. Je ne compte pas être comme toutes ses femmes qui regretteront plus tard leur vie si routinière, qui regretteront de ne pas avoir plutôt épousé le beau brun ténébreux, de ne pas avoir fait un boulot qui leur plaisaient et de ne pas avoir fait qu’un môme. Les mômes c’est chiant parfois, répondis-je avec conviction.

C’est clair que des mômes, je veux pas en avoir avant 28 ans. Il faut me laisser vivre ma vie. J’ai besoin d’être libre, de me sentir encore jeune, et j’ai besoin de réduire au maximum les responsabilités qui vont bientôt m’entourer quand je sortirai d’ici.
- Pourquoi tu veux pas rester en Californie ? demandais-je alors, éprouvant le besoin d’en connaître un peu plus sur Eva. Après tout ça, je m’aurais bien vu garder contact avec elle. C’est quand même la première fille que j’ai rencontré ici, et même si on a peu de points communs, notre simplicité nous rapproche. Et puis, l’idée qu’elle se laisse de nouveau embarquer dans cette merde où chaque jours vous devez sourire, obéir et employez un putain de ton mielleux m’insuporte. Elle mérite beaucoup mieux et ne le sait même pas. Ca me tue.

Il y a toujours quelque chose que je me suis demandée. Si j’étais née ailleurs, si j’avais été une autre personne... si j’avais été par exemple africaine, est-ce que j’aurais été pire qu’aujourd’hui ? Je n’aurais peut-être pas été une droguée, mais j’aurais peut-être souffert de cette peine, de ce manque de nourriture qui ronge mon ventre. Le visage émacié, les os sur la peau, j’aurais détesté l’Amérique et cet Occident qui se goinfre et qui gaspille. La moitié de la terre crève la dalle et l’autre fait mine de s’inquiéter.

- Eva... tu n’t’es jamais dis que tu pouvais faire autre chose que ce que tu faisais en Angleterre ? ai-je lâché d’une voix lointaine, le regard fixé sur un arbre bousculé par le vent. Je tire une latte sur ma clope, la dernière puis jette le mégot pardessus la barrière.
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